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Poetic Profile

 

 

Caroline Dubois (Cole Swensen, translator)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Caroline Dubois : Questions pour le Chicago Postmodern Poetry Project :

 
 

1)  1) Comment voyez-vous la poésie (et son rôle) dans le contexte du monde actuel ?

 

La poésie m'intéresse avant tout comme forme de résistance. En premier lieu parce qu'elle relève d'une économie parfaitement aberrante dans la logique contemporaine : investissement considérable, (en termes de temps, d'énergie), retentissement quasi nul et rentabilité zéro. C'est donc un acte qui ne peut être dicté que par une nécessité intérieure impérative. D'autre part et pour les mêmes raisons, c'est un "endroit" où l'on peut tenter des expériences et prendre des risques puisque personne ne nous attend ni n'attend rien de nous. C'est quelque chose comme un espace de liberté même si c'est une liberté que l'on remplit immédiatement de ses propres contraintes. C'est probablement pour ça à mon avis que la poésie est l'endroit le plus vivant de la littérature actuelle. Et puis la poésie va à l'encontre de la paresse. Elle ne se donne pas forcément facilement, elle suppose du travail de la part du lecteur aussi, elle "résiste",  à tous les sens du terme. Enfin, comme d'autres formes d'art, la poésie regarde le monde même si le monde ne la regarde pas beaucoup. Je pense tout le temps à cette phrase de Kafka : "dans ton combat avec le monde, seconde le monde." Je pense que la poésie tente de faire ça.
 

 

 

2) Quel sens donnez-vous au fragment dans votre poésie ?

Une des choses que j'aimerais parvenir à faire lorsque j'écris, ce serait que les textes génèrent une sorte de phénomène de persistance, (comme certains morceaux de musique très courts qui donnent le sentiment de continuer de résonner après que le silence soit revenu). Ça, ce serait un des horizons de mon travail. Cela suppose des textes courts, qui arrivent, restent un instant puis disparaissent en laissant un petit écho. Par ailleurs, énonciation instable, sujet instable, identité fluctuante, mouvante,
 

 

2)  

      3) Comment, selon vous, votre œuvre explore-t-elle un territoire nouveau ?

Je ne suis pas du tout certaine d'explorer un nouveau territoire. Je ne sais pas si c'est encore possible. J'ai plutôt le sentiment de visiter des territoires parfois anciens, en tout cas existants, de les parcourir, les commenter, tenter de les élucider et de m'y intégrer. J'aime beaucoup l'idée de m'inscrire dans des processus de création qui démarrent bien avant moi et qui se poursuivront bien après. J'essaie d'être un point sur une ligne de fuite ou sur un pont tendu depuis longtemps vers l'avenir.
 

    

4) Pouvez-vous donner, en tant qu'écrivains, quelques unes de vos influences ? Les écrivains ou poètes étrangers ont-ils été importants pour vous, ou principalement ceux qui écrivent dans et à  partir de la tradition française ? (En bref, l'échange international entre poètes est-il important selon vous, et si oui ou non comment et pourquoi ?)

 

J'ai découvert la poésie contemporaine par le biais d'écrivains français qui ont pour moi été une vraie révélation. Il s'agissait au tout début d'Olivier Cadiot, Anne Portugal et Pierre Alferi qui sont les premiers que j'ai lus. Ensuite, grâce à eux, j'en ai "rencontré" beaucoup d'autres, dont Dominique Fourcade, Michèle Grangaud et Emmanuel Hocquard par exemple grâce à qui j'ai ensuite commencé à lire la poésie américaine.

Les séminaires de Royaumont ont été très importants pour moi parce que je suis entrée "dans" certains textes américains de manière active, concentrée et précise, ce qui m'a ensuite aidée dans mon propre travail.

Par ailleurs, j'ai lu assez tard des poètes américains plus anciens mais qui ont été déterminants tels que Gertrude Stein ou Emily Dickinson. Certains romanciers américains ont une aussi grande influence sur mon travail que les poètes, en particulier Melville ou Faulkner.
 

 

 

5) D'où et comment vous vient un poème, qu'est-ce qui le déclenche, et vous pousse dedans ?
 

En général un texte est toujours pour moi un exercice d'admiration. C'est-à-dire que c'est parce que je vois ou lis ou entends quelque chose qui me bouleverse que je commence à écrire. L'idée d'un texte vient toujours de l'extérieur de moi. De l'intérieur de moi, je n'ai rien à dire. En ce moment, la plupart des textes que j'écris viennent de l'amour d'un film ou d'un personnage, d'un plan ou d'une situation cinématographique. Cela me permet de relever ma "bêtise" de spectatrice, (tendance tenace à l'identification). Cela me permet également de concevoir l'écriture comme une entreprise de translation, de traduction et non de création ex nihilo. Par ailleurs, je ne peux même pas imaginer écrire en dehors de la fiction et en même temps l'idée d'inventer des fictions, des personnages, des histoires me fatigue. Je trouve qu'il y a assez de personnages pour une vie, pour mille vies. Je me sers donc de ceux qui sont là et je tente de les saluer.
 

 

 

6) Beaucoup d'entretiens en France s'articulent sur la nature de la poésie opposée à la prose. Les voyez-vous comme séparées ? Avez-vous le sentiment d'utiliser des éléments de prose ou de fiction dans votre poésie ? Si oui, comment et pourquoi ?
 

Je n'ai jamais opposé prose et poésie dans mon travail. Je peux dire que j'écris de la poésie dans la mesure ou les éléments généralement attachés à la prose, (logique narrative, élaboration d'une fiction, chute, etc) m'intéressent toujours moins que la manière dont l'ensemble "sonne". Ce qui m'intéresse le plus, c'est de commencer une phrase, de voir combien de temps la faire tenir avant qu'elle se repose. Ce n'est pas une question spécifiquement poétique, on trouve ça dans beaucoup de textes de prose.